Sans queue ni croche

Publié le par Laurent Kiefer

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Mi-juillet, tout début septembre, mon été est encadré de deux semaines de résidence au Théâtre du Bois de l’aune, avec la compagnie Fragments, sur le projet des Folles d’enfer de la Salpêtrière, lecture du texte de Mâkhi Xenakis publié chez Actes Sud. Le spectacle sera créé début novembre 2013, il tournera dans un premier temps sur Aix, Venelles et Fuveau. Mâkhi Xenakis est plasticienne ; à la faveur d’une exposition, elle a compulsé les archives de l’Hôpital Général et en a tiré ce texte, extrême, violent, qui en s’en tenant aux chiffres, aux faits, sans aucun effet de pathos, interroge le rapport de la société à la folie et à son traitement, de Louis XIV à Charcot. Une démarche similaire à celle de Michel Foucault, à cela près qu’aucun commentaire personnel ne vient « assouplir » la mécanique implacable de l’enfermement. Et je participe à ce projet, mais à une place annexe et inédite pour moi.


La musique prend de plus en plus de place dans ma vie. Parfois quand je parle du spectacle des folles, les gens me disent : on va venir te voir, on ne te voit pas assez sur scène, tu joues quoi ? Et moi de répondre : Je ne joue pas, dans ce spectacle, je crée la musique et j’accompagne les actrices en direct. Là je lis bien une petite déception qui ne se dit pas, je sais qu’une personne sur deux ne viendra pas, et c’est bien dommage. D’abord parce que c’est une belle lecture, sur un thème très fort ; que les actrices, bien qu’amateurs, sont dans une très grande sobriété, une immense sensibilité ; qu’un bon spectacle de lecture vaut bien ses dix spectacles mauvaises pièces mal apprises, mal montées, mal interprétées ; enfin parce que j’ai le sentiment d’exprimer des choses plus pures lorsque je fais de la musique que lorsque j’interprète un rôle. Moins spectaculaire, la musique est également plus intime – en cela elle me met davantage en danger.


Depuis plusieurs années maintenant, le projet de faire de la musique en groupe me démange. J’en ai déjà parlé à une partie de mes élèves musiciens, car ce sont les seuls que je connaisse qui pratiquent un instrument, souvent avec talent. Mais quelque chose me retient toujours. Le manque de temps libre ? Ou plutôt une défiance naturelle de redevenir, dans la pratique d’un art, celui qui ne sait pas, celui qui va échouer, qui va pester, qui risque de foutre les autres dans la merde. Sur le plateau de théâtre, que je dirige, que j’écrive ou que je joue, je n’ai pas cette timidité, je suis confiant, et j’ai appris avec le temps qu’il peut même m’arriver de sauver des situations. Mais la musique, c’est une autre affaire…


Alors peut-être en demeurant dans l’ombre, celle du plateau, celle des lectrices, celle des musiciens aussi. L’ombre est salvatrice.

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Publié dans Chroniques du 27

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