(Re)genèse

Publié le par Laurent Kiefer

 

J’aimerais avoir un château, une bâtisse. Un château, c’est mieux.

 

Le lundi il ne se passerait rien et ce serait bien. Je ferais les courses pour le restant de la semaine, car le reste de la semaine, je cuisinerais. Ou je laisserais cuisiner les autres, celles et ceux qui veulent régaler les autres, car c’est un plaisir de régaler les autres parfois.

 

Un château et beaucoup d’argent. Pour ne pas compter. Grand, le château. Et l'argent, très beaucoup.

 

Le mardi, j’inviterais des amis et nous ferions du théâtre. Ce serait rigolo. Il y aurait plusieurs pièces, avec des gens qui hurlent, de rire ou de larmes, ou de rien. Il y aurait aussi de vraies scènes et de vrais éclairages pour les gens qui veulent se la péter, ou pour ceux qui croient encore en la magie du théâtre, et des surprises aux quatre coins du château, dans les couloirs, des happenings dans les caves, des farces dans les cuisines, des mots doux susurrés dans les toilettes, des comptines berçantes pour les dormeurs. Et ce serait bien.

 

Le mercredi, ce serait le jour des enfants. Des plus petits aux plus grands, du théâtre encore, des jeux, des marmelades, des blagues et des taloches, des bacs pleins de sable, des poissons rouges, et de la poésie à tous les étages. Et ce serait bien.

 

Le jeudi, je me mettrais au piano et tous les amis musiciens viendraient faire le bœuf. Et ce seraient des jérémiades jusqu’à plus d’heure, des points d’orgue, des accords de guitare, des envolées de hautbois, des soupirs, des triolets et des silences habités. Et ce serait bien.

 

Le vendredi il y aurait un spectacle. Avec des surprises et des chorégraphies, et des caisses claires qui claquent et des trombones trop bonnes, des actrices, des lectures, des larmes et des rires, des saluts sans salut et des spectateurs qui repartiraient avec une petite étoile dans l’œil, et qui resteraient longtemps éveillés sur le chemin avant de trouver un sommeil serein. Et ce serait bien, aussi.

 

Le samedi, il y aurait une grosse fête où chacun ferait danser les autres sur la musique qu’il aime. Et il y aurait des coups de gueule et des coups de blues, des coups de rock, et des sursauts électros, du vin, des mets, des douceurs, et il y aurait du Mehldau et du Messiaen au cœur de la nuit, quand plus personne n’a la force de danser, et vers l’aube chacun repartirait un peu gris mais heureux. Et ce serait bien.

 

Le dimanche, il y aurait des promenades et vers 16h, alors que le jour décline, nous prendrions le thé et mangerions de petits biscuits fruités, et chacun prendrait un livre, ou une feuille pour écrire, et nous serions ensemble. Seul chacun dans son ouvrage, ensemble seuls dans le silence du crépuscule. Et ce serait vraiment bien, et il y aurait beaucoup d’amour.

 

Si j’avais un château, j’aimerais que chacun(e) y trouve sa place. Et ce serait bien.

 

Voilà.

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Publié dans Chroniques du 27

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L
J'prend l'canap' !
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