Trêve estivale
Chaque année la même crainte dans le même espoir, que la trêve estivale des ateliers arrive enfin. L’espoir, pour se reposer, pour faire un peu autre chose que du théâtre ; la crainte, parce qu’un métier qu’on aime, des enfants dont les progrès et le talent vous font vibrer, quand on les quitte, cela crée un grand espace.
Je me dis : plus une ligne de théâtre, je vais pouvoir me remettre à écrire autre chose. Et au final je suis tellement vide que je peine à aligner trois mots par jour.
Va pour les statistiques : 11 jours de fête, 8 spectacles différents, 16 représentations, 7 heures ( !?) de texte original, 80 acteurs de 7 à 24 ans, 2 danseurs, 300 spectateurs, une poignée d'aficionados, et... un jambon !
Des images ressurgissent toujours de ce type de soirées théâtrales, où s’enchaînent les spectacles, les rires, les troubles, où tout est intense, tendu comme la corde d’un archer – et il y en eut huit…
Les ruptures d’Anaïs me bluffent toujours, la rigueur du facétieux Léo, la belle candeur d’Emma dans un rôle languedocien, les quinze petits bouts de moins de dix ans qui tiennent tranquillement leur heure de spectacle sans trébucher, Valentin et Lolita, Jordan en improbable grande folle royale, Charles de Belgambête von Shplendida-Domus etc., le nez de Nadège… Cela n’aurait pas de fin.
Et surtout, surtout, la fidélité et l’attention des jeunes acteurs les uns pour les autres : mon grand plaisir a été de voir certain(e)s rendre visite aux spectacles qui ne les concernaient pas au premier chef, par curiosité, par respect, peut-être un peu par esprit de « famille » ; même si je n’aime pas ce terme de famille employé pour le théâtre. Se soutenir, échanger, se croiser, se remplacer au pied levé, se venir en aide pour les costumes, les maquillages…
Cette mixité là, que je n’avais pas réclamée, est une petite fierté.
Revoir également les « anciens », celles et ceux qui font leur vie loin des planches mais reviennent quand même nous offrir chaleur et amitié.
Un seul regret peut-être, concernant le ‘Nocturne’ du 16 juin : pour ce qui est de la musique et de la poésie, les garçons tiennent la dragée haute, pas une fille sur scène, à ma grande surprise. La compo de Lucas, les belles reprises de Jordan, les émotions d’Alexandre, les mots précieux de Léo, et Johan-Sebastian Bach à tous les étages… Il était tard, nous étions peu nombreux, le public a tenu bon malgré la fatigue, mais c’est à refaire (en mieux) l’année prochaine. Manque d’organisation. Mea culpa.
Finalement cela a du bon de ne plus se voir : c’est faire naître l’espoir de se retrouver…